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8 octobre 2020 4 08 /10 /octobre /2020 16:16

1ère lecture : Is. 25,6-9 ; Psaume 22 ; 2ème lecture : Phil. 4,12-14,19-20 ; Evangile: Mt. 22,1-14

La semaine dernière les lectures de la messe nous parlaient de vigne et de vendanges. Cette semaine elles nous parlent de bon vin et d'un repas de noces. Cela doit éveiller notre attention. Dieu n'est pas un Dieu morose... ni un Dieu moraliste. C'est un Dieu de joie, un Dieu qui aime tout le monde en aimant chacun comme s'il était unique. C'est ce Dieu que nous révèle Jésus Christ. L’avant-goût du Royaume qui nous est présenté aujourd’hui est particulièrement intéressant : un festin qui rassemble les peuples (1ère lecture), un repas de noces (évangile), bien-être et repos (psaume). Ce sont là, après l’image de la vigne des précédents dimanches, des figures bibliques importantes exprimant l’union entre Dieu et son peuple, et annonçant le salut. Cette grande  « parabole des invités au festin » est encore une réponse de Jésus aux pharisiens qui contestaient son autorité ». Parabole du Royaume, parabole du jugement : pour être « élus », revêtons la joie de l’Evangile et ouvrons notre table à ceux qui manquent de tout.

Pour évoquer et exalter le bonheur que Dieu réserve à la fin des temps à tous les peuples de la terre, le Prophète Isaïe accumule des images concrètes extrêmement parlantes, en particulier celle d’un grand festin où seront servis des mets succulents.

Bien que, fort de la force du Christ, Paul ait appris à dépasser les soucis mesquins du confort matériel, il n’en remercie pas moins ses chers Philippiens de l’aide généreuse qu’ils lui ont apportée durant sa captivité à Rome.

Cette parabole du festin traduit les appels pressants de Dieu au peuple élu, qui risque, par son indifférence ou même son hostilité, de se voir exclu du Royaume de Dieu pour être remplacé par les nations païennes.

Et voilà que le Royaume des cieux est comparable à un mariage princier. La parabole de Jésus surprend : les invités et les serviteurs volent la vedette aux mariés eux-mêmes ! L’histoire se tisse entre le roi, ses serviteurs et les invités. Le roi n’envisage pas une seconde que son banquet nuptial soit vide. Tout est prêt et de grande qualité. Le roi appelle, il invite largement, il improvise. Il s’appuie sur ses serviteurs pour relayer cette grande invitation. Certains y laisseront leur vie… Après l’expérience de Pâques, les premiers chrétiens ont conscience de l’amour débordant de Dieu. Le Père accueille généreusement dans son royaume tous ceux qui veulent bien venir. Seul le refus de l’homme peut mettre en échec cette initiative. De même, ces premiers témoins de Jésus ont découvert que, pour servir le Royaume des cieux, pour porter la bonne nouvelle du salut, il faut être prêt à payer de sa vie. Le Christ lui-même a donné la sienne. Désormais, les serviteurs sont appelés à témoigner jusqu’au bout, à la suite de leur Maître. En ce sens, le Christ, le Fils, est le premier des invités, celui qui a revêtu le véritable vêtement de noce. Il est aussi le premier des serviteurs, celui qui a donné gratuitement sa vie pour le salut d’une multitude. En ce dimanche, puissions-nous avoir une pensée pour tous ceux qui ont fait de nous « des invités » : ces hommes et ces femmes qui nous ont révélé que la tenue de mariage convenable est celle de la pauvreté et du service. Qu’attendons-nous pour devenir des « serviteurs » à notre tour ? Le « roi » cherche encore des invités à son banquet de noce !

Jésus nous transmet l’invitation de Dieu : « Mon repas est prêt. »  L’invitation, lancée dès l’origine par celui qui nous aime, se fait de plus en plus pressante. C’est le repas des noces du Fils premier-né, ouvert à tous et à chacun. L’important, pour y prendre part, ce ne sont pas nos mérites, nos qualités, mais bien l’invitation même de Dieu et notre réponse libre.

Avec la force de son amour, Jésus nous redonne cette invitation Et l’Eglise, à son tour, part aux croisées des chemins la transmettre à ceux qu’elle rencontre, « les mauvais comme les bons », sans leur cacher ni l’amour de Dieu ni les exigences de l’Evangile. Nous, que le baptême a revêtus du Christ et qui, de dimanche en dimanche, célébrons le repas du Seigneur, allons avec courage porter à nos frères l’invitation qui nous rassemblera un jour à la table de Dieu, en sa demeure.

 

Dieu notre Père, nous te louons et nous te bénissons. Tu envoies ton Fils renouveler ton alliance d’amour et nous donner part à ta vie. Ouvre notre cœur pour que nous puissions accueillir ta parole et répondre à tes appels. Nous te le demandons par Jésus, ton Fils, notre Seigneur, l’Epoux que tu donnes à toute l’humanité maintenant et pour les siècles des siècles.  AMEN

 

Père Bernard Dourwe, Rcj.

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2 octobre 2020 5 02 /10 /octobre /2020 07:31

VINGT SEPTIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE A

1ère lecture : Is. 5,1-7 ; Psaume 79 ; 2ème lecture : Ph. 4,6-9 ; Evangile: Mt.  21,33-43

C’est encore avec l’image de la vigne que les textes de ce dimanche nous font vivre l’histoire d’amour dont témoigne toute la Bible : merveilleuse histoire d’un Dieu amoureux de son peuple comme un vigneron aime sa vigne (1ère lecture) : d’un Dieu, certes, déçu par l’infidélité d’Israël, mais dont l’amour ne faiblit pas. Dans son désir de sauver les hommes, il ira jusqu’au bout, même lorsque les hommes commettront le pire (évangile). Oui, pour sauver les hommes, Jésus a donné sa vie. Il nous a obtenus, par le sang de sa croix, « la paix (…) qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer » et pour laquelle nous ne cessons de rendre grâce (2ème lecture).

Le prophète Isaïe compare le peuple de Dieu à une vigne, objet des soins les plus assidus de son propriétaire. A partir de cette parabole, il montre comment, choisi par Dieu pour une alliance d’amour, il n’a cessé de la décevoir et de la trahir.  

Saint Paul souhaite que ses correspondants, les Philippiens, rejettent toute inquiétude : qu’ils fassent pleine confiance au Seigneur et recherchent la perfection dans toute leur conduite : là ajoute-t-il, réside le secret de la paix du cœur.

Dans cette parabole des vignerons homicides, le Christ a voulu dénoncer la conduite inqualifiable des chefs du peuple d’Israël : rois, docteurs de la Loi, scribes et pharisiens, prêtres eux-mêmes. N’ont-ils pas détourné à leur profit l’espérance messianique, allant jusqu’à persécuter et massacrer les envoyés de Dieu qui venaient la leur rappeler ?

Le Seigneur enseigne ses disciples. Il leur explique, jour après jour, la mission qui est la sienne. Jésus s’appuie pour cela sur des images que les prophètes avaient utilisées. Ses auditeurs connaissaient bien les Écritures. Il est donc probable que ceux-ci furent particulièrement sensibles aux transformations que Jésus faisait subir aux paraboles qu’il employait.

L’évangile d’aujourd’hui reprend la parabole de la vigne racontée dans le livre Isaïe. « Je chanterai, dit le prophète, pour mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne. » Ce n’est pas le bien-aimé, mais l’ami qui parle. Il exprime l’amour du bien-aimé pour sa vigne: «Il en retourna la terre et en retira les pierres, pour y mettre un plan de qualité. Au milieu, il bâtit une tour de garde et creusa un pressoir. Il en attendait de beaux raisins, mais elle en donna de mauvais. » Cette vigne, conclut Isaïe, est la maison d’Israël.

Jésus reprend la parabole presque mot pour mot, mais il en déplace l’accent: ce n’est plus la qualité de la récolte qui est mise en lumière, mais le comportement des vignerons. Chargés de recueillir le raisin, ceux-ci le vendangent pour eux-mêmes et non pour le propriétaire de la vigne. Ils n’hésitent pas à tuer, et les serviteurs et le fils de ce dernier, pour capter un héritage qui ne leur appartient pas. La parabole de Jésus interpelle vigoureusement les autorités religieuses de Jérusalem. Elle nous touche nous aussi. Elle s’adresse en particulier aux ministres ordonnés et à tous les laïcs qui ont reçu une mission de l’Église : « Êtes-vous au service du Seigneur ou bien vous servez- vous du Seigneur pour votre propre gloire ? » La parabole oblige à la vigilance. Chrétiens de longue date, membres d'Églises locales bien établies, nous ne sommes pas propriétaires de la vigne. Pour plaire à Dieu, offrons-lui notre bon vin de conversion, de justice, de paix et d'amour fraternel.

C’est la même histoire qui se répète depuis l’aube de l’humanité. Dieu prend le risque de la confiance en l’homme et l’homme n’en fait qu’à sa tête et oublie qu’il a reçu ce monde en héritage et qu’il a des comptes à rendre. C’est la même histoire qui se répète depuis l’aube de l’humanité. Dieu envoie ses serviteurs et ceux-là osent risquer une parole. Ils osent proposer un chemin de vie et d’espérance, ils osent chanter un monde où les mots partage, pardon, et entraide sont mis en avant. Et l’homme n’entend rien, il n’aime pas être dérangé. C’est la même histoire qui se répète depuis l’aube de l’humanité…Il est grand temps de rendre compte que le Royaume de Dieu est donné à ceux qui osent partir sur les routes du monde pour poser une part de rêve, une part de joie dans la terre des hommes. Il est grand temps de se rendre compte que le royaume de Dieu est donné à ceux qui osent faire de chaque jour un nouveau temps de semailles, à ceux qui osent croire que l’amour est le seul défi qui en vaille vraiment la peine.

 

Dieu notre Père, inépuisable est ton amour pour la vigne que tu as plantée en ce monde. Donne-nous la force d'en être les serviteurs fidèles et les vignerons courageux: ainsi elle portera les fruits que tu attends. Nous t'en prions par Jésus, ton Fils bien-aimé, qui vit et règne avec toi et le Saint Esprit, aux siècles des siècles. Amen!

 

Père Bernard Dourwe, Rcj.

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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 08:21

1ère lecture : Ex. 18, 25-28 ; Psaume 24 ; 2ème lecture : Phil. 2, 1-11 ; Evangile : Mt. 21, 28-32

L’appel du Seigneur, l’appel à la conversion, peut parfois nous sembler trop exigeant. Si bien qu’il nous arrive de dire « oui » du bout des lèvres et que notre cœur ne suive pas (évangile). Alors, le prophète Ezéchiel nous redonne la parole sûre du Seigneur : oui, le Seigneur nous aime et il veut notre vie (1ère lecture). Il nous enveloppe de sa tendresse et nous mène sur le droit chemin (psaume).  Et s’il désire notre conversion, c’est pour nous offrir son Royaume de justice et de paix. Saint Paul, aujourd’hui encore, nous supplie d’entrer dans cette logique de l’amour où, avec joie et humilité, nous nous laissons aimer par le Seigneur.

 «Rien n’est jamais gagné d’avance… » C’est certainement vrai, sauf pour l’amour de Dieu. Dieu est plus grand que notre cœur. Le prophète Ezéchiel le disait déjà aux fils d’Israël : « Dieu ne désire pas la mort du méchant. » Vivre, c’est se tourner vers Dieu et mener une vie droite et juste. Et même s’il est toujours possible au méchant de revenir vers Dieu et de sauver sa vie, ce n’est pas une bonne conduite qui donne le salut ! Dieu nous aime gratuitement. L’homme a été créé libre : il porte donc la responsabilité de ses actes. S’il est malheureux à cause de ses fautes, qu’il s’en prenne à lui-même, sans mettre Dieu en accusation.

Voulant à tout prix maintenir l’unité fraternelle au sein des communautés chrétiennes, Saint Paul exhorte leurs membres à l’humilité, à l’esprit de service, à l’oubli de soi, à la modestie qui pousse à estimer les autres meilleurs que soi. Ils doivent prendre le Christ pour modèle. Le modèle de l’amour, c’est la façon dont le Christ s’est livré lui-même. Lui qui était auprès de Dieu, il s’est fait l’un de nous. Devenu serviteur, le Christ s’est dépouillé de tout jusqu’à mourir sur une croix. En cela même, il a révélé l’amour dont Dieu nous aime : un amour sans partage, absolu et sans condition.

La parabole de l’Evangile met en scène deux fils, dont l’un dit « oui » à son père, mais finalement ne fait rien ; et dont l’autre obéit après avoir tout d’abord refusé. Elle a pour objet de montrer la différence entre la vraie et la fausse conversion.

En mettant en scène deux personnages dont la parole et l’action ne coïncident pas, l’évangile ne nous donne-t-il pas à réfléchir sur notre rapport au dire et au faire ? L’enjeu est important, puisqu’il y va de la cohérence de notre relation à Dieu et à autrui. Et cela, dans un monde saturé d’échanges où la parole tend à perdre de sa consistance et à ne plus engager vraiment.

Dans la Bible, la relation de la parole à l’agir met tout particulièrement en évidence ce qui sépare l’homme de Dieu. De fait, la parole de ce dernier est efficace, elle accomplit ce qu’elle dit (Ps 33,8). Orientée vers la vie et le salut, elle ne connaît pas de démenti. Dieu est fidèle, ses « dons sont sans repentance » (Rm 9). La parole de l’homme, quant à elle, est « blessée » : elle peut être vaine, mensongère, voire meurtrière. La parole, même bonne, n’est pas toujours suivie d’effets car nous avons perdu notre unité intérieure. Une approche qui se révèle pertinente si l’on prête une attention quelque peu lucide au quotidien.

Cette situation serait désespérante si l’Écriture ne nous proposait un chemin d’unification, en insistant sur la mise en pratique de la Torah ; en nous donnant des jalons pour entreprendre un chemin de sanctification qui touche tout notre être : pensée, parole, agir (Ex 20, 1-21) ; en nous invitant à lester nos propos de silence (Jc 2, 19). En outre, elle nous assure de la présence de l’Esprit, envoyé pour nous «diviniser» et nous rétablir dans notre unité telle que voulue par Dieu. Si donc nous nous surprenons à dire un «oui » sans suite ou une parole qui manque d’authenticité, ne nous décourageons pas puisqu’il y a place pour le repentir. Laissons-nous plutôt habiter par la force de l’espérance.

 

Dieu notre Père, tu connais notre désir de vivre selon ta Parole, mais aussi les lourdeurs qui nous empêchent d’avancer.  Nous te prions : donne-nous de savoir toujours tourner notre cœur vers toi, en renonçant à ce qui nous empêche de t’aimer et d’aimer nos frères, à l’exemple de Jésus, le Christ, notre Seigneur et notre Dieu, qui est vivant avec toi et le Saint-Esprit maintenant et pour les siècles des siècles. Amen.

 

Père Bernard Dourwe, Rcj.

 

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17 septembre 2020 4 17 /09 /septembre /2020 10:13

 

1ère lecture : Is. 55,6-9 ; Psaume 144 ; 2ème lecture : Phil. 1,21-24,27 ; Evangile: Mt. 20, 1-16

L’évangile va évoquer, durant trois dimanches, l’image biblique de la vigne : riche symbole de l’amour de Dieu pour son peuple, la vigne est au cœur du message de Jésus pour évoquer certains aspects du Royaume ou les exigences de qui veut y entrer. Car il nous appelle à convertir nos regards et nos cœurs, pour épouser les pensées du Seigneur (1ère lecture) et vivre de sa vie (2ème lecture) : ayons confiance, le Seigneur est plein d’amour et juste en tout ce qu’il fait (psaume). La méditation de la lettre de Paul aux Philippiens, pendant quatre dimanches, nous invite à cette confiance qui, seule, conduit à la paix. Avec le 25e dimanche, nous retrouvons Jésus et les douze en route vers Jérusalem. A ceux qui l’écoutent, Jésus dit et redit qu’on n’est membre du Royaume que si l’on accepte que Dieu est le Tout-Autre. La logique de Dieu n'est pas celle des hommes: alors que nous sommes épris d'une justice exacte et calculatrice, les textes bibliques de ce dimanche nous révèlent un Dieu dont les pensées sont au-dessus de nos pensées. Il donne son amour sans compter, il invite chacun à entrer dans son Royaume.

Les projets de Dieu et ses façons d’agir nous paraissent parfois déconcertants : ses pensées ne sont pas nos pensées parce que son amour est sans limites et qu’il est son unique règle de conduite.

Dans sa prison l’Apôtre Paul attend avec sérénité l’issue du procès. Il est prêt à tout : s’il est condamné, il ira dans l’allégresse rejoindre le Christ ; s’il est gracié, il sera heureux de consacrer sa vie au service de ses frères.

Par cette parabole des ouvriers de la dernière heure, le Christ veut montrer que Dieu, dans sa façon d’agir, n’obéit pas aux règles d’une justice étriquée, mais qu’il n’écoute que sa bonté, ne s’inspire que de sa tendresse. Ce sont elles qui le rendent généreux dans sa miséricorde et souverainement libre dans ses bienfaits.

Cette parabole fut rédigée à une époque où les chrétiens issus du judaïsme rivalisaient avec ceux issus du paganisme. Les judéo-chrétiens se croyaient "meilleurs chrétiens" que les anciens païens qui, eux, n'avaient pas enduré "le poids du jour et de la chaleur", c'est-à-dire l'observance de la loi de Moïse et de tous ses préceptes...

Et nous-mêmes ? Nous sommes toujours enclins à nous juger les uns les autres et à décider par nous-mêmes ceux qui sont les plus "méritants" et qui devront être récompensés davantage. En général, nous nous mettons spontanément dans le lot des ouvriers les plus "méritants" et nous regardons "avec un œil mauvais" les convertis de la dernière heure. Or le plus grand pécheur qui se convertit une minute avant sa mort est semblable à l'ouvrier qui se laisse embaucher juste avant la fin du jour.

Surtout la grande leçon est celle-ci : nous n'aurons jamais de "mérites" à revendiquer ni à mettre en avant pour espérer une meilleure récompense, aujourd'hui dans l'Église ni au ciel après notre mort. Le salut est entièrement gratuit, il ne dépend pas de nos œuvres. C'est par la grâce que nous sommes sauvés, et la réponse ici-bas, c'est notre foi en face du Seigneur qui est juste en toutes ses voies, "fidèle en tout ce qu'il fait" (Ps 144).

La parabole des ouvriers de la onzième heure pourrait faire «bondir» plus d’un chef d’entreprise. Voici, en effet, une bien curieuse « gestion des ressources humaines » ! Quel est donc ce «patron» qui prétend payer autant ceux qui ont été embauchés à la fin de la journée de travail que ceux qui triment depuis l’aube ? Voilà de bien curieux conseils financiers qui risquent de mener tout droit au « dépôt de bilan»! Bien entendu, c’est de tout autre chose dont le Christ veut nous parler avec cette parabole. Déjà le prophète Isaïe nous prévient de la part du Seigneur : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, mes chemins ne sont pas vos chemins ! » Autrement dit, l’échelle de valeur habituellement utilisée par les hommes n’est pas celle de Dieu pour qui la justice n’est pas qu’affaire de strict équilibrage des plateaux d’une balance.

On pourrait ici citer saint Paul : « Si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour… je ne suis rien!» Ainsi, Jésus vient nous rappeler que l’amour doit, dans nos vies, être premier et accordé sans condition, sans calcul, sans espoir de « retour sur investissement» ! La belle folie de la foi nous invite à laisser nos « valeurs » se faire bousculer, bouleverser par une autre logique, celle du Royaume, celle des Béatitudes, celle de l’amour où «les premiers seront derniers, et les derniers sont les premiers». Et notre tâche de disciple de Christ consiste à ensemencer le monde avec les graines de cette « sainte folie » de l’amour ! « Ce n’est pas chacun pour soi tout seul que nous sommes nés, mais chacun pour tous… » disait saint Grégoire de Nazianze.

 

Béni sois-tu, Dieu riche en pardon : tes pensées dépassent infiniment les nôtres, mais tu veux nous associer à ton action. Donne-nous de répondre avec empressement et persévérance à ton appel : nous garderons la Parole du Christ et nous nous réjouirons avec lui de la bonté que tu manifestes à l’ouvrier de la dernière heure. Ainsi, nous serons vraiment tes enfants et nous partagerons ton bonheur dans les siècles des siècles. Amen !

 

Père Bernard Dourwe, Rcj.

 

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10 septembre 2020 4 10 /09 /septembre /2020 18:14

1ère lecture : Si. 27,30-28,7 ; Psaume 102 ; 2ème lecture : Rm. 14,7-9 ; Evangile : Mt. 18,21-35

Dimanche dernier, Jésus prônait la miséricorde envers le frère égaré. Aujourd’hui encore il prône la miséricorde, mais cette fois envers le frère qui nous a blessés. Ne jamais se fatiguer de pardonner et d’aimer. C'est peut-être ce que nous avons à vivre de plus difficiles dans notre vie chrétienne. Nous ne pourrons y parvenir qu'en portant notre regard vers le Dieu de miséricorde qui nous rassemble, et vers son Fils Jésus qui a été jusqu'au bout de l'amour en pardonnant à ses bourreaux. Oui, nous sommes appelés à vivre réconciliés les uns avec les autres, réconciliés avec nous-mêmes. Soyons-en sûrs, Dieu veut que la miséricorde et la générosité se répandent sur notre terre et qu'elle soit ainsi habitable pour tous.

De même que le Seigneur pardonne et passe par-dessus l’offense, le croyant doit savoir pardonner à son tour, et, en tout cas, ne pas nourrir volontairement le souvenir des injures reçues nous dit Ben Sirac le Sage. Impossible de se réclamer de Dieu et de l’alliance, d’obtenir le pardon de ses propres péchés, quand soi-même on ne pardonne pas aux autres.

Nous dépendons étroitement du Christ, nous dit Saint Paul : il est le Maître de notre destinée. Dans notre vie comme dans notre mort nous lui appartenons. Dès lors, nous sommes les serviteurs de son amour, et nous ne pouvons plus nous comporter vis-à-vis des autres avec une inadmissible dureté de cœur.

La parabole du serviteur insolvable souligne l’obligation qui incombe à tout chrétien de pardonner à ses frères de tout son cœur, sans réticence et sans réserve. Car, lors de la reddition des comptes, Dieu agira envers lui comme il l’aura fait lui-même avec les autres.

Pardonner, pour être pardonné. Tel est, en résumé, l’enseignement de Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui. Cette exigence peut paraître coûteuse. Elle l’est d’une certaine manière. Elle suppose en effet que nous accueillions l’autre de tout notre cœur, en dépit de la blessure qu’il a pu nous infliger. Mais cette exigence est aussi une grâce. Elle libère de la rancune et des souffrances que nourrissent le ressentiment et la haine. Pardonner, c'est guérir, éteindre la rancune par la bonté, arrêter en soi la contagion du mal. C'est libérer l'avenir, alors que le passé nous enfermait. C'est l'acte le plus  humain, le plus surhumain, qu'il soit donné d'accomplir.

Pardonner, en effet, ce n’est pas seulement relever son frère, c’est encore le laisser guérir par Dieu, toucher par l’Amour. L’Esprit Saint prend soin du cœur qui pardonne. Il y déploie la puissance de ses dons : le courage, la force, la paix, la joie. Il lui donne de vivre de l’amour même du Christ. Pourquoi cela ? Parce que l’offense subie – ou celle que nous infligeons aux autres –, n’est pas seulement la nôtre. Peut-être même n’est-elle pas d’abord la nôtre ! Elle est une blessure qui touche le Christ, c’est-à-dire Dieu lui-même. En pardonnant à ceux qui nous ont blessés, nous nous laissons traverser par la puissance réconciliatrice de la Croix et devenons disciples de celui qui nous appelle à nous aimer les uns les autres comme lui-même nous a aimés.

Or, le Christ n’a pas vécu pour lui-même. Il est mort et ressuscité pour nous. Il n’a pas posé de limite à son amour. Il ne nous a pas pardonné jusqu’à un certain point seulement, mais totalement, afin de nous réconcilier avec Dieu son Père. À notre tour, lorsque nous pardonnons de tout notre cœur, nous participons du même amour, vivant et mourant non pas pour nous-mêmes, mais pour nos frères, c’est-à-dire pour le Seigneur auquel nous appartenons.

Alors en ce dimanche, Jésus va s’avancer et se donner à nous. À nous aussi de nous avancer, d’aller vers ceux qui nous ont offensés, mais aussi vers ceux que nous avons offensés. En pardonnant, nous n’allons pas nous appauvrir, mais nous enrichir. Nous y gagnerons un ami, un parent, un frère… !

 

Dieu de tendresse et de pitié, tu nous aimes d'un amour sans mesure et tu ne te souviens pas de nos fautes. Nous te prions : apprends-nous à avoir pour nos frères et sœurs le même désir de pardonner de tout notre cœur. Nous serons ainsi fidèles à ton Alliance, en ton Fils Jésus, le Christ, notre Seigneur, qui est vivant avec toi et le Saint-Esprit, maintenant et pour les siècles des siècles. Amen.

 

Père Bernard Dourwe, Rcj.

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2 septembre 2020 3 02 /09 /septembre /2020 09:54

VINGT TROISIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE A

1ère lecture : Ez. 33,7-9 ; Psaume 94 ; 2ème lecture : Rm. 13,8-10 ; Evangile : Mt.  18,15-20

Le mot d’ordre de ce dimanche est communauté, fraternité ou solidarité : on n’est pas chrétien tout seul. Et la parole de Dieu nous prodigue des conseils de vie communautaire. Ainsi, le rôle du prophète (1ère lecture), qui a pour mission de « guetter », de discerner les signes des temps, et de mettre en garde les pécheurs, les aider à se convertir. Puis, l’appel à « l’amour mutuel » que nous lance saint Paul (2ème lecture). Enfin, pour améliorer encore notre vivre-ensemble et l’amener à la perfection évangélique. Jésus enseigne « la correction fraternelle », une pratique à redécouvrir. Il dit aussi l’efficacité de la prière commune.

Le rôle du Prophète est de porter aux hommes les messages de Dieu et de les prévenir du danger qu’ils courent s’ils s’écartent de ses ordres. Qu’il s’acquitte mal de sa fonction de « guetteur de Dieu », et que, par sa faute, un des frères se perde, il aura à en rendre compte. Faisons-nous activement « veilleurs », « guetteurs » de paix en nous et autour de nous.

L’Epître souligne les exigences de la charité fraternelle ; toutes les prescriptions de la loi, Saint Paul le rappelle, trouvent leur résumé et leur accomplissement dans l’amour du prochain. Écoutons saint Paul nous rappeler que nous avons une «dette d’amour» envers celles et ceux que nous côtoyons.

L’évangéliste saint Matthieu a réuni dans le passage que nous lisons aujourd’hui, diverses règles, édictées par le Christ lui-même : elles concernent les rapports qui doivent exister entre les membres de nos communautés ecclésiales.

Lorsque saint Matthieu rédige son évangile, les communautés auxquelles il s’adresse doivent connaître des tensions. En ce domaine, encore aujourd’hui, il n’y a « rien de nouveau sous le soleil! » Soyons un peu lucides : dans nos couples, nos familles, nos communautés, nos entreprises, nos paroisses que de petites « guéguerres », que de frictions, que de mésententes pour des broutilles. Que nous sommes souvent loin du témoignage auquel nous invite le Seigneur : « Voyez comme ils s’aiment ! ». Bien triste image d’une Église si pauvre en fraternité et en tendresse mutuelle… En christianisme, le pardon, la compassion ne sont pas matières à option. Celui qui déclare aimer Dieu mais s’avère incapable d’aimer son frère est tout simplement un menteur ! Nous avons tous fait, un jour ou l’autre, l’expérience du pardon donné, l’expérience aussi du pardon demandé et reçu. Pardonner n’est pas facile ! Il faut du temps. Parfois beaucoup de temps! Demander pardon n’est guère plus facile, car cela suppose avant tout que nous nous reconnaissions humblement coupables !

Les textes de la liturgie de ce jour nous invitent à grandir en humanité, à avancer sur un chemin d’amour. «Frères, ne gardez aucune dette envers personne, sauf la dette de l’amour mutuel, car celui qui aime les autres a parfaitement accompli la Loi. » L’Apôtre Paul ne va pas par quatre chemins. C’est bien d’aimer dont il s’agit. Aimer, c’est reconnaître l’autre dans son altérité, dans ce qu’il est différent de moi. Aimer, c’est donner à l’autre l’espace de liberté qui lui permettra de devenir pleinement lui-même. Aimer conduit toujours avec patience et nécessité sur le chemin du pardon. Quel intérêt avons-nous à pardonner, si ce n’est de gagner un ami, un frère, si ce n’est tout simplement de chercher à aimer, et d’aimer comme le Christ nous a aimés? Sur le chemin du pardon, la place du dialogue est essentielle. L’évangile nous le rappelle. Tout doit être fait pour gagner un frère. Fait d’écoute et de parole, le dialogue est la clef même de toute réconciliation. Et si un tête-à-tête ne suffit pas, l’appel à témoin ou le recours à la communauté sont des chemins possibles. Le chemin du pardon est un chemin long, un chemin de guérison, de réparation, un chemin sur lequel le Christ marche avec nous pour nous libérer et nous ouvrir à la paix du cœur, au bonheur, à l’avenir !

 

Ô notre Père, tu nous donnes des frères à aimer en actes et en vérité. Tu nous demandes de les aimer d'un amour généreux et de nous pardonner les uns aux autres, comme tu nous pardonnes. Accorde nous la grâce de répondre à ton désir. Ainsi nous pourrons vivre unis à Jésus, ton Fils et notre Frère, qui est au milieu de nous maintenant et toujours. Amen.

 

Père Bernard Dourwe, Rcj.

 

 

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27 août 2020 4 27 /08 /août /2020 09:11

1ère lecture : Jr. 20,7-9 ; Psaume 62 ; 2ème lecture : Rm. 12,1-2 ; Evangile : Mt. 16,21-27

Peut-être aimerions-nous chasser de notre vocabulaire les mots « croix », « sacrifice », « renoncement ».  Et cependant, ils sont au cœur du message chrétien. Non pour nous appeler à quelque masochisme ou pour nous enfermer dans une tristesse sans issue, sans espérance. Mais justement pour mieux vivre le cœur de notre foi, à savoir que, en Jésus Christ, la Croix est passage vers la vie. Alors, sachons supporter « l’injure et la moquerie » (1ère lecture), osons « renouveler notre façon de penser « (2ème lecture) et « suivre le Christ » (évangile) jusqu’au bout : nous gagnerons la vie. Dans la confiance et l’espérance, rendons grâce (psaume).

Être chrétien exige de nous des choix quelquefois difficiles. Suivre le Christ, c'est accepter que le chemin passe par la croix, pour conduire à la résurrection. Disposons-nous à entendre des paroles exigeantes de la part de Jésus et à les recevoir en vérité. Dimanche dernier, avec l'apôtre Pierre, nous avons confessé que Jésus est le Fils du Dieu vivant. C'est bien lui, le Christ, qui nous invite à agir selon notre foi.

Le prophète Jérémie tente de faire le point sur sa mission. Il aurait préféré annoncer au peuple un message de bonheur et de joie, mais la conduite de ses compatriotes est telle qu’il ne parle que de violence et de dévastation. La parole de Yahvé est devenue pour lui « source de moquerie ». Alors surgit la grande tentation : ne plus penser à lui, ne plus parler en son nom ! Mais Jérémie avoue que Yahvé l’a séduit ; la parole de Dieu est en son cœur comme un feu dévorant qu’il ne peut contenir.

Le prophète Jérémie, dans ses Confessions, nous invite au fond, par-delà ses refus et dérobades, à nous laisser séduire par Dieu. Nous nous contraignons parfois à «faire» la volonté de Dieu, alors qu'il serait préférable de nous laisser séduire, de nous laisser aimer.

Saint Paul, dans sa Lettre aux Romains, nous invite à marcher derrière Jésus, à l'imiter. Il est intéressant de noter qu'il nous exhorte à «offrir nos personnes en hosties vivantes, agréables à Dieu.» Loin de nous présenter comme des pécheurs tristes, accablés par nos faiblesses, l'apôtre veut que le don de nous-mêmes soit vécu comme agréable à Dieu. Il précise même : «C'est là, pour nous, l'adoration véritable.» Notre joie de croire réjouit Dieu ! Le croyant, enseigne Saint Paul à ses correspondants, est celui qui, renonçant aux modes du jour, et mieux encore : à lui-même, s’offre tout entier à Dieu, comme une vivante liturgie, en sacrifice agréable.

Après avoir annoncé à ses disciples sa Passion et sa mort, le Christ les prévient qu’ils devront eux-mêmes le suivre sur le chemin de la Croix. Croire au Christ n'est pas une fuite devant les questions que se pose tout homme en ce monde, ni un abri pour se protéger des difficultés. Pierre professe le plus bel acte de foi en Jésus, Fils du Dieu vivant. Et il refuse la perspective de la passion car cela semble contradictoire: le Fils du Dieu vivant serait-il sujet à la condamnation et à la mort? Mais rien, ni la souffrance ni la mort, ne détournera le Christ de sa mission.

Nul n'envisage la mort sans crainte. Jésus, dans son agonie, priera le Père de le protéger de la mort. Les trappistes de Thibirine, pourtant prêts au sacrifice, se posaient la question: Jusqu’où sauver sa peau sans perdre sa vie? Ils ont donné la réponse en acceptant de mourir. Plutôt que d'abandonner les pauvres qui leur faisaient confiance et dont ils étaient solidaires. Ceux qui meurent ainsi imitent le Christ et sont des vivants pour toujours.

Vivre comme le Christ, c'est accepter de monter vers le calvaire et de traverser le tombeau. Par moment, la croix pèse sur nos épaules comme elle pesa sur les épaules de Jésus. Dans nos régions, c'était devenu trop facile d'être chrétien. Il en coûte d'être à contre-courant, d'affronter les moqueries, de préférer le pardon à la vengeance, de ne pas toujours choisir la facilité ou le plaisir immédiat. C'est la croix, toujours lourde, toujours arbre de vie depuis la croix du Christ.

Qui peut se vanter de ne jamais douter, de ne jamais tomber? Mais le Seigneur sait séduire, comme le dit Jérémie. Il met dans les cœurs un feu dévorant. Comment résister à ce séducteur qui offre sa croix en cadeau, promesse de sa vie?

 

Dieu vivant, depuis toujours, tu appelles des hommes à te servir et à parler en ton nom. Le prophète Jérémie, les apôtres Pierre et Paul... Comme eux, ta Parole nous a brûlé le cœur. Donne-nous de nous engager résolument à la suite de ton Fils Jésus, lui qui nous a sauvés par sa mort et sa résurrection, et qui est vivant avec toi et le Saint-Esprit pour les siècles des siècles. Amen.

 

Père Bernard Dourwe, Rcj.

 

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21 août 2020 5 21 /08 /août /2020 04:27

VINGT ET UNIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE A

1ere lecture : Is. 22,19-23 ; Psaume 137 ; 2ème lecture : Rm.11, 33-36 ; Evangile : Mt. 16,13-20

Il est question de clés, ce dimanche, et du « pouvoir des clés ».  Mais gardons-nous de penser l’Eglise en termes de pouvoirs,  de suprématie, d’autorité. Car il s‘agit d’abord de servir, de veiller au bien de tous : ainsi pour celui à qui  était confiée la maison de David (1ère lecture). Et surtout, il s’agit d’annoncer la foi : c’est sur sa profession de foi que Pierre a été choisi pour conduire l’Eglise du Christ (évangile) et annoncer le salut en Jésus (2ème lecture). C’est pourquoi, « par lui, et pour lui », nous rendons grâce, en l’Eglise, à chaque eucharistie où le Seigneur renouvelle pour nous les dons de son amour et la force de notre foi.

Cet oracle d’Isaïe concerne la destitution d’un intendant royal, renvoyé pour ses exactions, et l’investiture d’un successeur, qui, soucieux du bien commun, sera un père pour son peuple.

Dans les premiers chapitres de sa lettre aux Romains, Saint Paul a analysé, médité, contemplé les desseins d’amour de Dieu pour tous les hommes, Juifs et Païens. Il en est ébloui…

Amené par une question précise du Seigneur à proclamer sa foi en lui : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » ! Pierre se voit établi chef de l’Elise : « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise. »

Une étape importante se joue à Césarée. Comme si, soudain, Pierre faisait un bond en avant dans la foi. Deux expressions structurent son dialogue avec Jésus : « Fils de l’homme» et « Fils de Dieu». La première se trouve sous la plume de Daniel (Dn 7, 13-14). Dans une vision poétique, le prophète décrit le « Fils de l’homme » comme un roi que « les gens de tous peuples, nations et langues » servent.

En se désignant lui-même comme le «Fils de l’homme», Jésus se présente comme le berger du peuple. La seconde expression se trouve déjà utilisée plus haut dans le même évangile (Mt.14, 22-34). Les vents sont contraires, les disciples ont peur dans la barque. Jésus vient vers eux en marchant sur les eaux. Pierre s’enhardit et le rejoint sur la mer déchaînée. Mais, pris de panique, il sombre. Jésus lui tend la main et le sauve. De retour dans l’embarcation, ce sont les disciples qui affirment que Jésus est vraiment le «Fils de Dieu».

À Césarée, point de tempête, point de marche sur les eaux, point de miracle. Lorsque Pierre professe sa foi au «Fils de Dieu», il n’y est pas poussé par les événements, par ses émotions face à un geste extraordinaire. Ce ne sont ni «la chair» ni «le sang» qui lui suggèrent son credo. La foi de Pierre s’est purifiée. Son besoin de croire s’est transformé en désir de croire. Il pressent soudain que le Christ est bien davantage qu’un faiseur de miracle, un soigneur, un chef politique… Le «Fils de l’homme» n’est rien moins que le propre «Fils de Dieu»! Ce saut dans la foi permet alors la mise en route : Jésus confie à Pierre sa mission. Il lui remet les clefs du Royaume des cieux.

Des clefs, pour quoi faire ? Pour ouvrir les portes, direz-vous! Mais pas n’importe lesquelles: les portes du Royaume des cieux. Comme s’il y avait des serrures pour franchir le passage dans la vie en Dieu. Oui, les clefs du Royaume ouvrent à la vie dans la miséricorde de Dieu. Pierre reçoit de Jésus non seulement la garde des clefs mais aussi le pouvoir de « lier et délier », de donner les conditions du passage. Étonnant pouvoir confié à un homme, avec ses faiblesses, ses trahisons mais aussi ses coups de cœur, ses actes de foi inspirés par l’Esprit. Dans l’interrogatoire de Jésus, il y a de quoi nourrir la relation de chacun avec le Seigneur. La bonne réponse s’inscrit d’abord dans l’Histoire : Jean-Baptiste, Élie, Jérémie ou l’un des prophètes. Nous avons besoin de repères et de figures consensuelles. Mais cela ne suffit pas, l’entrée dans le Royaume appelle un engagement personnel : « Et toi, que dis-tu ? Pour toi, qui suis-je ? » Les clefs de nos réponses trouvent les serrures des témoignages apportés par le Christ et son Église : don, pardon, miséricorde… Les signes du Royaume sont dans l’attention aux petits et aux pauvres, dans une Église aux périphéries, comme le dirait le pape François. D’ailleurs, c’est bien à ce dernier que sont confiées les clefs ! Lier et délier, c’est incarner l’aujourd’hui de Dieu, quand le dire et le faire sont en cohérence avec l’amour de Dieu. Dans le don des clefs du Royaume, il y a la confiance sans limite que Jésus fait à Pierre et à ses successeurs. Alors, posons une réponse libre et joyeuse au « qui suis-je ? » et faisons confiance au pape François pour nous montrer les chemins qui ouvrent les portes du Royaume.

Dieu notre Père, par ton Esprit, tu as révélé aux apôtres que Jésus venait combler leur attente, et ils l'ont reconnu comme le Messie, ton Envoyé. Nous te prions donne à tous ceux qui portent aujourd'hui le nom de chrétiens de reconnaître en lui le Seigneur de leur vie, vivant auprès de toi, dans l'unité de l'Esprit Saint, maintenant et jusqu'aux siècles des siècles. Amen.

 

Père Bernard Dourwe, Rcj.

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14 août 2020 5 14 /08 /août /2020 09:35

VINGTIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE A

1ère lecture : Is. 56, 1,6-7 ; Psaume 66 ; 2ème lecture : Rm. 11,13-15.29-32 ; Evangile : Mt. 15,21-28

Evangile sans frontières : tel pourrait être le slogan des chrétiens, la bonne nouvelle à porter à toutes les nations. L’Esprit ne connaît pas de frontières et la parole de Dieu, ce dimanche, fait la part belle à ce salut sans limites : même les « étrangers » sont accueillis par le Seigneur (1ère lecture), sa maison de prière est « pour tous les peuples », et il « fait miséricorde à tous les hommes » (2ème lecture).  C’est pourquoi, même lorsqu’il semble d’abord la rejeter pour mettre sa foi à l’épreuve, Jésus exauce aussi la demande de la Cananéenne (évangile) : oui, son amour est pour tous, et le salut ne demande que la sincérité du cœur.

Le prophète Isaïe nous livre une Parole du Seigneur : «Les étrangers... je les rendrai heureux dans ma maison... qui s'appellera : Maison de prière pour tous les peuples.» Nul, quel que soit son pays, son ethnie, sa couleur, ne doit se sentir rejeté par le Seigneur. Et la relation à Dieu est pour tous source de joie. N'oublions pas que le bonheur de l'autre, c'est d'abord de se sentir respecté. «Laisserons-nous à notre table (la table du pain, la table de la dignité...) un peu de place à l'étranger ?»

Saint Paul, prolongeant ses réflexions sur les juifs, ses frères de race, voudrait certes qu'ils accueillent la Bonne Nouvelle de Jésus. L'apôtre des païens garde une amitié chaleureuse pour ceux qui ne peuvent devenir disciples du Christ. Il est à l'opposé d'avoir à leur égard une attitude de rejet. Et il en donne la raison profonde : «Dieu veut faire miséricorde à tous les hommes» car, comme il le dit ailleurs : «Dieu veut que tous les hommes soient sauvés.» Notre espérance repose sur cet amour infini. Et notre comportement s'efforce de voir en tout homme un frère que l'Esprit de Dieu habite. Bien que le peuple juif se soit enfermé dans l’incrédulité, refusant de reconnaître le Christ, comme l’envoyé de Dieu, Saint Paul ne désespère pas de ses frères de race : il est sûr qu’un jour ils reconnaîtront leur erreur et se convertiront.

Le Seigneur propose à notre admiration la foi humble et confiante, insistante et spontanée à souhait, d’une femme de Canaan, - donc une païenne -, venue implorer la guérison de sa fille, tourmentée par le démon.

La mise en scène par l’évangéliste de cette rencontre entre Jésus et la cananéenne peut induire en erreur : Jésus serait, à l’égard de l’étrangère, dur, arrogant, presque méprisant ! Et c’est tout le contraire : la Cananéenne restera à jamais l’un des témoins privilégiés d’un amour immense, sans frontière, sans barrière. « Ma maison s’appellera, maison de prière pour tous les peuples » dit le Seigneur.

La Cananéenne le sait d’instinct. Dieu est amour et, pour recevoir, il suffit de demander. Qu’importent les origines ou le parcours. Elus du premier jour ou disciple sur le tard ; tous peuvent se rassasier des dons de Dieu sans que personne risque d’en manquer. Le petit chien se régale aux pieds de son maître et celui-ci ne regrette pas les miettes qui tombent.

Il n’est pas facile de partager ! Pourtant, nul n’est propriétaire de Dieu. Le peuple juif n’aimait pas que Dieu regarde aussi les étrangers. Chrétiens, nous fermerions volontiers la porte à l’Eglise à ceux que nous traitons d’étrangers de race, de culture ou d’itinéraire spirituel. Au contraire, il faut crier de joie quand tous sont appelés à la même vie, à la même louange. Dans le cœur de Dieu, il y a de place pour tous.

 

Dieu de justice et de partage, tu ne fais pas de différence entre les personnes: chacun est pour toi unique, chacun a droit à sa part de pain et d'amour. Par ta Parole, rends-nous capables de voir la misère de nos frères, d'écouter leur cri, de nous émerveiller de leur foi. Ainsi, nous vivrons à l'image de Jésus qui a réalisé ta volonté et qui est vivant avec toi pour les siècles des siècles. Amen!

 

Père Bernard Dourwe, Rcj.

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6 août 2020 4 06 /08 /août /2020 22:14

1ère lecture : 1 R. 19,9a, 11-13 ; Psaume : 84 ; 2ème lecture : Rm. 9,1-5 ; Evangile : Mt. 14,22-24

Croire, c’est accorder sa confiance à quelqu’un, au Seigneur. Pour le prophète Elie, sur la montagne, il s’agissait de croire en la manifestation du Seigneur pourtant bien déroutante (1ère lecture). Saint Paul a connu des moments d’amertume et de déception lorsque les Juifs ont refusé de croire au Christ (2ème lecture). Et l’épisode évangélique de Jésus marchant sur la mer évoque bien toutes sortes de tempête qui peuvent agiter nos vies, au risque de mettre à mal notre foi…Il nous arrive, à nous aussi, d’avoir peur et de douter, comme Pierre. Mais alors, osons crier vers le Seigneur et implorons son salut : nous sommes sûrs de son amour.

Dieu se manifeste au Prophète Elie, non pas d’une manière grandiose et terrifiante, mais dans le silence d’une présence intérieure et spirituelle, symbolisée par le passage d’une brise légère. Il n'y a plus de signes par l'ouragan, le tremblement de terre, le feu... Là, Dieu n'était pas. Mais le prophète Elie pressent la présence divine, «murmure d'une brise légère». Certains semblent prêcher un Dieu qui angoisse, qui terrifie. Le Dieu de Jésus, «doux et humble de cœur» est celui de la brise légère. Cessons de reprocher au Seigneur son silence. Il nous faut attendre avec patience son passage. Car ceux-là seuls qui pratiquent «la prière d’attente» sont capables d'entendre la discrète venue de Dieu.

L'apôtre Paul, après sa conversion sur le chemin de Damas, a tout fait pour inviter les païens à adhérer à la communauté des disciples de Jésus. C'était aller contre la Thora, la loi juive. Dans sa lettre aux Romains, Paul précise ses sentiments et ses convictions par rapport au Peuple d'Israël. Lui-même juif et ancien pharisien, il a au cœur une grande tristesse pour ses «frères de race». Paul dit son immense chagrin de voir les Juifs, ses frères de race, rebelles dans leur grande majorité à la foi au Christ : il accepterait d’être anathème, séparé du Christ à jamais, si ce sacrifice pouvait les sauver.

L’évangile d’aujourd’hui relate la marche de Jésus sur les eaux du Lac de Tibériade et le  sauvetage de Pierre. Ce miracle constitue une invitation à mettre notre confiance en Dieu. A peine a-t-il accompli le signe du pain multiplié et partagé (dimanche dernier) que Jésus en accomplit un nouveau : le signe de la marche sur les eaux et de la tempête apaisée. Comme hier, Jésus est avec nous sur la barque car, vraiment, « c’est lui le Fils de Dieu ».

Les disciples sont en pleine mer. Dans la nuit, ils luttent contre les vents et la mer. Nul doute : ils ont peur. Peur, comme à nous aussi il nous arrive d’avoir peur. Visiblement, en l’absence de Jésus, ils sont perdus. Perdus au point qu’ils ne reconnaissent même pas celui qui vient à leur rencontre. Même la voix rassurante de Jésus les invitant à la confiance ne suffit pas à les rassurer.

Pierre, leader de toujours, se fait, d’une certaine manière, le porte-parole du groupe et réclame une sorte de caution: «si c’est toi, ordonne-moi de venir vers toi sur l’eau!» Et Jésus l’appelle! La réponse de Pierre à l’appel de Jésus est un mouvement, un arrachement et un départ. Pierre descend de la barque un peu comme Abraham quitte sa terre. L’un comme l’autre ne savent pas où ils vont. Leur marche est marche vers l’inconnu. Elle est réponse à un appel qui donne une direction et indique vers où porter le regard, vers où conduire son pas… Quand Pierre regarde davantage ce qui pourrait freiner sa marche, celle-ci perd son sens. La peur s’installe. Pierre s’enfonce ! Ce qui l’a mis en mouvement semble ne plus le porter.

Prendre le départ, partir, c’est prendre le risque de rencontrer l’autre et de se découvrir soi-même. C’est l’aventure de Pierre. Il pourrait en vouloir aux éléments, aux vagues et aux flots qui le chahutent. Pierre en revient à cette rencontre qui a motivé son premier pas, à cette réponse faite à Jésus, au bord du lac, lorsque celui-ci l’invite à laisser ses filets et à le suivre. Un oui qui en entraînera tant d’autres, malgré les chaos de la mer, des vents et de la vie.

 

Dieu notre Père, mieux que nous tu connais nos peurs et nos moments de découragement. Donne-nous de découvrir les signes de ta présence à travers les événements les plus simples et les plus discrets de notre vie quotidienne. Ainsi nous aurons la force de poursuivre notre route au milieu du monde qui est le nôtre aujourd’hui et pour les siècles des siècles. Amen.

 

Père Bernard Dourwe, Rcj.

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